L'adolescence
à Lille
D’emblée, la naissance
de son demi-frère offre une nouvelle occasion
à Christophe d’exercer sa coupable passion.
En effet, la "chambre" qu’il occupe
dès lors est en fait une discothèque privée
(son papa est passionné de Rock’n’roll)
où dorment des disques par centaines et centaines.
Du rock, des slows, du blues, de la java, du tango,
du gospel, des chansons à boire, des farandoles,
de la country, de la musique classique, des musiques
de films, du… Jacques Brel ! Ses nouveaux amis
aidant, il découvre le hard-rock et les musiques
"planantes".
Il faudra mettre les bouchées triples jusqu’au
bac (maths et technique !) pour disséquer jusqu’à
l’épuisement chaque harmonie de chaque
disque, écrire et ré-écrire encore
ses propres chansons, créer son groupe de Rock’n’blues,
rappel, tout en essayant le moins possible de se faire
remarquer par son père, qui gardera toujours
des à priori sur les métiers de la musique…
Il n’accompagnera sa nouvelle famille en vacances
qu’exceptionnellement, préférant
de loin voyager dans ses textes et peaufiner ses premiers
auto-enregistrements, au dépends de la découverte
des lointaines plaines thaïlandaises ou américaines…
Au début des années ’80, la télévision
belge (la RTBF) organise un concours.
Christophe s’inscrit sans rien en dire à
son entourage. Seul candidat mineur (16 ans), il faudra
attendre la demi-finale pour enfin voir évincer
notre candidat au profit d’autres, de loin plus
expérimentés, et qui interprètent,
eux, des chansons du répertoire largement connues
et qui retiennent toutes les faveurs du public. Public
seul « votant » à la terrible loi
de l’ « appaludi-mètre ». Peu
importe, cette fois il a touché une scène
en direct, il a touché des gens chez eux et a
tâté du monde des coulisses et des caméras.
Les sillons de sa vie tourbillonnante sont désormais
gravés : ce sera ça et rien d’autre.
S’ensuivent alors de longues
(et secrètes !) errances dans les rues de Lille,
notamment au départ les cabarets de nuit où
l’on tolère qu’il chante, en dépit
de son âge.
Il rencontre Françoise Kucheida, qui le programme
rapidement en première partie de nombreuses personnalités
du circuit "parallèle"de la chanson.
Et Jean-Claude Annoux, venu ouvrir à Lille son
dîner-spectacles "Aux Jeunes Loups",
qui l’engage immédiatement en première
partie de grands noms de la chanson.
Pendant ces années, on a passé le bac
puis travaillé dans l’entreprise familiale
au double-poste de dessinateur et technico-commercial,
et les résultas sont plus que prometteurs. Quatre
ans durant lesquels l’adolescence s’estompe.
Mais apparemment, tout va bien : on gagne sa vie, on
est apprécié de tous (!). Le seul problème,
c’est…qu’ "on" n’écrit
plus rien. On ne joue plus guère sa musique que
lorsque les horaires le permettent. Quelqu’un
a écrit qu’une prison aux barreaux dorés
reste une prison… Et c’est pas toujours
simple de s’évader.