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Dominique Boucher
Dominique Boucher
est né dans un petit village de Picardie en 1955.
Il tente, au cours de ses années de lycée,
de distraire stylo-bille en main les quelques indispositions
qu’il sent poindre : hypocondrie, claustrophobie,
agoraphobie, divers vertiges. Et plutôt que d’être
attentif à l’enseignement, il gribouille ses
feuilles de copie de premières et innocentes intentions
picturales.
En mars 1976, il pose une
valise dans le Comminges, au pied des Pyrénées,
le temps d’une convalescence morale. Un mois plus
tard, il envoie par courrier sa démission au directeur
de cabinet de Monsieur le Préfet de l’Oise,
son employeur d’alors, et s’installe définitivement
sous l’horizon montagneux. Dès lors, de petits
boulots en divers stages qui lui assureront le quotidien,
il se lance dans un apprentissage solitaire de la peinture,
faisant ses premières armes à la gouache,
à l’aquarelle, abordant tout juste l’huile.
Comme un prêtre ouvrier puisant son inspiration divine
dans le côtoiement et le soutien de ses semblables,
Dominique Boucher mène de front la poursuite de son
initiation artistique et sa confrontation à la réalité
sociale.
Cependant les différents
médiums abordés ne le satisfont guère.
Il n’y trouve pas dans ces outils le prolongement
naturel qu’il désire donner à sa main,
à son univers pictural. Une période matériellement
difficile le contraint à reprendre le stylo-bille
; peu à peu la contrainte devient plaisir, d’abord
dans la douleur puis dans la délectation. Il n’aura
de cesse de découvrir, d’apprendre, d’inventer,
de mettre à sa main cette technique de la peinture
au stylo-bille.
1980 : premières
expositions. Le public adhère à son univers
pictural mais boude le médium. L’outil employé
est instrument de potache, de fantaisiste… même
ses pairs lui dénient le qualificatif de peintre.
Respectueux de cette opinion, il n’en démordra
néanmoins pas : ses outils de travail ne seront ni
des pinceaux, ni des tubes de couleurs, ni des toiles, mais
de simples stylos à bille. Car pour s'exprimer pleinement,
sa peinture a besoin d'une technique interdisant toute précipitation,
obligeant à la prudence et à la réflexion.
Le stylo bille excluant tout repentir, chaque composition
exige une absolue maîtrise de soi et proscrit l'improvisation.
Comme pour sa vie, il souhaite faire de sa peinture, et
à chaque seconde, un geste réfléchi.
C’est alors que lui
vient la conscience de ne pas peindre pour vivre, mais de
vivre pour peindre. D'aucuns penseront sans doute à
un exercice de style, à l’amusement de manier
les mots… La réaction partagée du public
l’a mis face à une évidence : l’incompatibilité
d’humeur entre le public et sa technique, si elle
devait perdurer, ne serait pas le couperet décidant
du sort de sa peinture. Son acte de peindre n'est ni un
loisir, ni un passe-temps, encore moins une profession…
mais un sens donné à sa vie. Un acte débordant
de sincérité, de conviction, d'honnêteté…
ce peintre veut que sa peinture sache se montrer capable
de raison, au sens où elle est la cause ou le motif
légitime d'une pensée, d'une humeur, d'une
récréation… la recherche du sens de
l’âme, l'intention de communiquer, le simple
geste d'un plaisir personnel. Puisque pour ce peintre, il
serait inconcevable, sans aucun doute inconvenant de proposer
à la fois à lui-même et au public un
travail bâclé, un premier jet, une chose sans
ambition personnelle et artistique.
En 1983, avec l’intention
de couper court à toute tentative de faux-fuyant
dans sa création et garantir aux siens une tranquillité
matérielle minimum, il accepte un emploi de veilleur
de nuit ; travail qu’il perdra en septembre 2004.
De tout ce temps, salarié les nuits, peintre le jour,
et de tableau en tableau il tente de mettre en relation
la réalité des choses avec l'imaginaire de
l'homme (qu'il est), le prosaïsme du quotidien avec
la poésie de la pensée (ou l'inverse), tout
empli de l’humaine prétention (ou la naïve
illusion) que le jour viendra où sa peinture sera,
et pour ce qu'elle est, la belle raison qui lui ait été
donné de vivre.
Octobre 2004 : Dominique
Boucher prendra la décision de se consacrer à
part entière à sa peinture.
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