Bernard Leconte,
né en 1942, a toujours vécu dans le Nord.
Il est agrégé des Lettres et enseigne la
littérature. Il est l’auteur de «La
Récrée va finir», prix du
Premier roman 1979, et «Le Divorce est une
ignominie». «Le livre des
bêtes»
Les grands-ducs boitent
et occupent fort avantageusement les greniers. Les hérissons
n’ont pas que des piquants ; ils ont le museau doux
et l’œil tendre. Les chiens, les chats, les
cochons, les chevaux, les lapins, même les lapins,
parlent ; on peut avoir avec eux des conversations intéressantes
et pleines de philosophie. Les animaux sont aimables et
dignes d’être aimés.
Un septuagénaire,
le narrateur, vit dans un village perdu au milieu des
bêtes et des paysans. Côté animal,
son préféré est Bonbel, un gros chien,
qui porte un nom de fromage et pèse cinquante kilos
au moins. Côté humain, son préféré
est le père Renard, quatre-vingt-huit ans.
Levieil homme a, depuis
douze ans, renoncé à la Ville. Parce qu’il
a envie de revoir son vieux copain, il décide d’y
retourner. Mais les bêtes et les gens ont acquis
depuis douze ans des mœurs bizarres. Un jour d’hiver,
Bonbel, le gros chien, tombe malade et son maître
devient littéralement fou de douleur.
Ce roman est aussi
une méditation sur le sort réservé
aux bêtes à la fin de ce vingtième
siècle/ Aristote, qui était un sage, distinguait
l’âme raisonnable, qui est l’apanage
des hommes, de l’âme animale et de l’âme
végétale : il mettait les animaux à
leur juste place. Descartes, qui se chauffait trop dans
des chambres exiguës, séparait l’âme
du corps et parlait des animaux-machines. Nous vivons
chauffés au poêle de Descartes. Tantôt,
nous faisons des animaux des machines et tantôt
des dieux. Depuis que nous ne savons plus élever
nos enfants, nous avons des exigences terribles à
l’égard de nos chiens.
Selon Lucienne Desnoues, les romans de
Bernard Leconte se caractérisent par la lutte d’un
homme seul contre tous. Seul contre ceux qui veulent lui
voler sa mort ( La Récrée va finir, Julliard,
prix du premier roman), contre ceux qui cherchent à
lui imposer le divorce ( Le Divorce est une ignominie,
Julliard, prix Henry de Jouvenel), contre ceux qui comprennent
très mal les bêtes ( Le Livre des bêtes,
de Fallois). Cette définition s’applique
certes moins à un essai, Quelques coups de burin
pour la statue de Dutourd, paru chez Plon, mélange
d’autobiographie et de réflexions sur l’œuvre
de Jean Dutourd, Jean Dutourd qui est de Bernard Leconte
l’incontestable maître. Outre ces quatre livres,
Bernard Leconte a participé à des ouvrages
collectifs : un Dossier H consacré à Sacha
Guitry et plusieurs annales (parues à L’Age
d’Homme) du Club des Ronchons, dont il est l’heureux
membre. Il écrit encore des billets dans la rubrique
du « bon français » du Figaro